Le Capu Tafunatu (pic troué) qui se dresse entre le Capu allu Giargiole et le Paglia Orba fait l'objet de deux légendes différentes:
-Les Albertaccesi (habitants d'Albertacce) racontent la version suivante : Les bergers niolins (pays du Niolu) souhaitaient qu'un pont fût établi au-dessus du Golu (Golo) pour mener plus facilement leurs troupeaux à l'estive. Satan vint un jour voir Gioberga, capurale d'un village et lui proposa le marché suivant : il s'engageait à construire le pont en une nuit si lui, Gioberga, acceptait de lui livrer la première âme qui le franchirait. L'ambitieux capurale accepta et Satan, la nuit venue, se mit à l'ouvrage.
Cependant, la propre fille de Gioberga, craignant pour le salut de son père, partit prévenir Saint Martin qui n'était pas à cours d'idées en la matière. Il savait surtout que Satan devait avoir terminé son ouvrage avant que le coq ne chantât. Comme le travail avançait très vite, Saint Martin s'empressa d'aller déposer un coq à l'entrée du chantier infernal. L'animal attribua ces lueurs au lever du jour et se mit à chanter au moment précis où Satan allait poser la clef de voûte. De fureur, le Malin pris au piège jeta en l'air son marteau avec tant de violence qu'il perça le capu tafunatu.
-La version des Casamacciulesi (habitants de Casamaccioli) est toute différente, quoique Saint Martin et Satan en soient encore les protagonistes : Saint Martin est un berger niolin qui fait naître ses brebis sur le plateau supérieur de Campotile, près de la punta Artica. En chemin, il rencontre le diable qui, sur place, s'est forgé un soc de charrue et laboure avec deux grands boeufs noirs. Saint Martin lui fait remarquer qu'il ne trace pas des sillons bien droits et se moque de lui. Piqué au vif, Satan veut lui prouver le contraire. De son trident, il harponne méchamment ses boeufs et soudain, le soc de la charrue se fend sur une grosse pierre.
Humilié, fou de rage, Satan prit le soc dans ses mains et le jeta si loin qu'il perça le Capu Tafunatu et retomba dans la mer du côté de Galéria. Saint Martin voulut le punir de sa colère : lorsque Satan se retourna pour dételer ses boeufs, il retrouva son équipage pétrifié, et sa forge de même. Si vous passez dans le pays, rendez-vous sur les lieux : vous y trouverez la stazzona (forge) de Satan, et à proximité, les quatre grosses pierres qui représentent les deux boeufs, le joug et le timon pétrifiés par Saint Martin.
Tiré de "l'Almanach de la mémoire et des coutumes Corse"
de Claire Tiévant & Lucie Desideri (Albin Michel, 1986)
Magnifique rando que j'ai eu le plaisir immense de faire il y a déjà quelques années en tirant une grande langue, hé, hé, ... la vue en haut est époustouflante mais sujets au vertige s'abstenir !!!